Le 34ème Congrès du PCF vu par une jeune militante

Publié le par PCF Paris 14

Le 34ème Congrès du Parti communiste s'est déroulé ce week end, ainsi que rappelé dans un précédent article. Le point du vue d'une jeune militante du 14ème arrondissement sur l'ambiance des débats : comment quelques lignes peuvent révéler la complexité de l'ensemble ? Place à l'analyse...

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Lignes 1526-1527

    

«  Nous avons une conviction : avec l’éclatement et l’aggravation de la crise financière mondiale depuis août 2007, avec l’amplification d’une crise globale, sociale, économique, écologique, et politique de tout le système capitaliste mondialisé, le monde est à un tournant historique. Sans transformations d’ampleur, qui commencent à émanciper le monde des règles fondamentales du capitalisme, nous irons vers un enfoncement durable dans les crises et les régressions sociales. Le besoin de dépassement du système capitaliste, qui est le sens de notre engagement communiste, est conforté par cette situation (…)

 

Voilà les premières phrases du texte de base commune votée par 68,7% des congressistes après avoir été largement amendé. La commission des amendements avait reçu plus de 1800 amendements ! Une preuve parmi d’autres de ce travail, investi non seulement par les délégué(e)s au Congrès, mais aussi par les délégué(e)s aux Conférences fédérales et surtout par les adhérent(e)s en cellules et dans les conférences de sections : les phrases soulignées ci-dessus ont été entièrement intégrées à l’introduction du texte d’origine, texte voté par 60% des adhérents.

 

Sur le reste du texte, les interventions se sont multipliées mais paradoxalement ce ne sont pas, sur l’ensemble de la partie « Avenir du PCF », qu’elles ont été les plus nombreuses, comme on pouvait le penser. Mais sur les lignes 1526-1527 de cette partie.

 

Explication :

 

Les discussions sur le texte ont commencé vendredi 12 décembre. Jeudi 11, Marie-Pierre Vieu militante pour une métamorphose du PCF, avait annoncé que si elle ne voyait pas « la fumée blanche de la métamorphose » dans le texte, elle conduirait une liste alternative pour l’élection du Conseil National du PCF. Or, la question de la métamorphose ne vient qu’à la ligne 1526-1527.

La pause déjeuner du vendredi se fait à la ligne 758. Les délégués s’en vont parmi les tours d’argent de la défense, manger un bout, boire du bon vin, discuter chaleureusement. La salle du Congrès est vide, tout le monde est à table. Du moins croit-on.  

 

Surprise ! Un délégué retardataire vient entre l’entrée et le plat de résistance. Il est heureux : ça y est : « la liste alternative est complète ». S’en suit des questionnements, Qui ? Combien ? Je suis où sur la liste ? Alors le retardataire explique qu’il y a 174 noms, qu’ils ont dû en retirer une trentaine, que X était bien placé qu’il n’avait pas à s’en faire (…) Alors une des déléguées lui demande si C est sur la liste ? Le retardataire réponds : « Non, on a du la retirer ». « T’es con, rétorque-t-elle, tu aurais du barrer N et la remplacer par C qui est beaucoup mieux. ». Le retardataire ne se sent pas con mais au contraire content. Il mange joyeusement, communique sa bonne humeur, son enthousiasme. Il explique que pour lui c’est un quasi-exploit ce qui est en train de se passer.

 

Mais qu’est-ce qui est en train de se passer ?

 

On en était à la ligne 758. Il reste presque l’équivalent avant d’entrer, croyait-on dans le vif du débat. Ce qui est en train de se passer c’est que les lignes n’ont aucune importance. Que le contenu du texte est insignifiant pour au moins 13 à 15% des délégués, c'est-à-dire ceux qui répondent toujours « non » quelque soit l’amendement proposé même celui pour lequel ils sont entièrement d’accord. C’est une stratégie « contestataire » assez connue aujourd’hui. Pour les autres, ceux qui attendent impatiemment la ligne 1526-1527, ce qu’il se dira n’est pas aussi important que ce qu’ils ont réussi à faire : c'est-à-dire créer une liste alternative qui défende une orientation bien précise : la métamorphose du PCF.

  

Recul, renforcement, transformation, métamorphose

 

Le débat précède donc le Congrès et ne date pas d’hier. Il peut se résumer à ses quatre mots « Recul, Renforcement, Transformation, Métamorphose ». Quatre mots pour quatre orientations politiques.

 

« Recul » se résume à deux bouts de phrases « renouer avec les traditions militantes et révolutionnaires du passé, c'est-à-dire avec les idées marxistes. » (Phrase issue du texte alternatif n°1, Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme). Donc « recul » se résume à deux bouts de phrases contradictoires et essentiellement anti-marxiste que l’on pourrait résumer à la description de Marx de l’attitude réactionnaire « Elle cherche à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire » (Manifeste du Parti communiste). Sans oublier une série de contradictions « comme le déclin du capitalisme français » (titre de l’une des parties) et « le caractère de plus en plus rapace du capitalisme français » (phrase de la même partie). Ou encore à une série de soit disant synonymes « économie de marché (capitalisme) » (tiré du texte), deux termes que l’on sait différents et que la droite aime à confondre privilégiant le premier sur le second afin d’effacer toute domination du capital sur le travail. Ou encore (aller une dernière !) le texte parle de « psychologie du salariat » (voir le point de vue contraire de Marx dans La critique du programme de Gotha).

  

« Renforcement » se résume par « La forme d’organisation originale du PCF apparaît plus valide que jamais ». (Phrase issue du texte alternatif n°2, Faire vivre et Renforcer le PCF, une exigence de notre temps). « Renforcement » (et non pas recul !?) propose une série de niveau de décision clos : l’autonomie de la cellule, le cadre national « reste le plus favorable », l’euro est « outil de contrainte monétaire » l’Europe sociale est un « leurre », la « mondialisation ou exploiter plus pour accroître les profits » (tirées du texte). Alors le texte pose la question de la sortie de l’Europe face à l’impossibilité de la transformer : « Se libérer du carcan de l’Union européenne, affirmer la souveraineté nationale, développer les coopérations ». Question, qui selon « renforcement » devrait être tranchée par un référendum. Pas d’Europe, pas d’euro, et  donc par conséquent bye bye aussi la belle idée, à une échelle plus grande, du « peuple-monde », d’une « monnaie mondiale unique » et de l’émancipation du travail à la Marx, car pour ce dernier, elle n’est ni locale, ni nationale mais elle est sociale, elle embrasse tous les pays (voir La critique du Programme de Gotha).

 

« Transformation » se résume à « poursuivre le PCF tout en le transformant ». Soit garder la forme parti mais tout en oeuvrant à des transformations au sein du parti et dans la forme des luttes à mener. Ainsi, il s’agit de mener les luttes en constituant des fronts « front progressiste et citoyen », l’unité des exploités et des dominés, pour battre la droite, le Medef. Le premier exemple concret étant le front progressiste européen lancé à l’initiative du Parti pour les élections européennes du 7 juin prochain. Ainsi, Transformation, croit en la transformation de L’Europe (voir le discours de l’incomparable et de l’indispensable Francis Wurtz à ce sujet) mais aussi à un « internationalisme de nouvelle génération ». Quant aux transformations au sein du Parti, Transformation propose plutôt un chantier de transformations novatrices qu’une liste close de propositions. Le PCF « fera appel à la créativité politique des communistes et sera placé sous leur souveraineté. Il poussera le travail sur la nature des évolutions, des ruptures nécessaires » On en arrive à la moitié de la ligne 1526 du texte de base commune. Ligne 1527 sur la métamorphose (« certains vont parmi nous jusqu’à parler d’un processus de métamorphose ») sera supprimée par un vote à hauteur de 72,31 % des congressistes.

 

Que cela ne nous empêche pas d’exposer le point de vue de Métamorphose.

 

 « Métamorphose » se résume à l’abandon de la forme parti et à la création d’une nouvelle force politique sans toutefois l’abandon du communisme « Continuer l’engagement communiste, Fonder une nouvelle force politique » (Titre d’un texte collectif adressé à la commission non soumis au vote). La crise du Parti communiste, est selon Métamorphose, « non pas conjoncturelle, mais fondamentale et structurelle ». Il faut donc une rupture de la forme parti. Le parti doit être remplacé par une « organisation politique nouvelle associant le plus grand nombre possible de citoyens et de forces qui se revendiquent du combat contre toutes les dominations et pour l’émancipation ». Il ne faut donc pas avoir peur d’une disparition du PCF car cette idée immobilise les luttes. Métamorphose fait donc dans le rationnel et non pas dans l’affectif.

 

 Et Mutation dans tout ça ?

 

 Je demande à Métamorphose (le retardataire au déjeuner) car je suis nouvelle au parti et j’ai déjà beaucoup à apprendre avec les « synonymes » (je mets entre guillemets pour ne pas me faire taper sur les doigts) du mot « changement ». Je demande donc au joyeux retardataire du déjeuner du vendredi 12 : « Est-ce que Mutation n’est pas aussi pour le dépassement de la forme parti ? La preuve, il a formé le NEP (nouvel espace progressiste) ? ». « Oui, mais Mutation n’est plus pour la référence au communisme » répond t-il en mangeant son dessert et en ajoutant « Je n’aime pas ce type de gâteau, il est trop compliqué, y a du chocolat, des fruits, de la crème… »  

 

Rg-H

 

Publié dans France - Europe

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