Forum-débat à la Mutualité et avenir du Front de Gauche

Publié le par PCF Paris 14









 


Des pistes fécondes pour élargir le Front de gauche

Par Pierre Laurent, responsable de la coordination nationale du PCF


Comment riposter et donner un avenir à une perspective politique progressiste ?

Le remarquable succès de la soirée qui vient de se tenir le 3 juillet à la Mutualité, à l’initiative des partenaires du Front de gauche, confirme, s’il en était besoin, le potentiel d’élargissement et d’approfondissement de la démarche du Front de gauche. La qualité et la représentativité des grands témoins qui avaient répondu présent, la richesse des échanges qui ont eu lieu tout au long de la soirée, la disponibilité partagée pour des constructions positives qui respectent le rôle de chacun, l’exigence de projets communs permettant aux forces de transformation sociale de reprendre durablement l’initiative face au pouvoir de droite ont marqué cette soirée. Le pari de la tenir à cette date improbable a été réussi. L’affluence était au rendez-vous. Cela doit faire réfléchir. L’attente est bel et bien là. Et, plus que cela, la conviction que nous jouons, là, l’avenir de toute perspective politique progressiste. Les espaces de rencontres ouverts par les militants communistes dans les fêtes locales ou départementales qu’ils tiennent depuis le début de l’été, les discussions poursuivies sur le terrain, dans les luttes, les entreprises ou les quartiers, confirment également ce potentiel. Cela invite à déployer cette démarche tout l’été jusqu’à la Fête de l’Humanité, en saisissant toutes les occasions d’ouvrir le dialogue, en ouvrant en quelque sorte à travers de multiples rencontres décentralisées un espace public de débat national sur les perspectives d’un projet politique de transformation sociale. L’objectif que nous nous sommes fixé au lendemain de l’élection européenne – poursuivre, enraciner et élargir la démarche du Front de gauche – est à notre portée parce qu’il va au-devant d’un large besoin de convergences dans la riposte comme dans la construction d’alternatives. À celles et ceux qui s’interrogent sur les chemins concrets d’un élargissement du Front de gauche, ces premières initiatives indiquent une direction féconde : le travail sur le projet. C’est-à-dire, indissociablement, le travail d’élaboration des politiques nouvelles dont notre pays a besoin et le travail de construction des majorités, qui nous donneront les moyens de les porter au pouvoir et de les mettre en oeuvre avec succès. C’est ce travail de projet qui unira toujours plus largement, qui fondera des bases toujours plus solides pour le rassemblement, qui ancrera la démarche populaire qui fait encore largement défaut à la construction engagée. Il faut inventer en marchant les espaces partagés de ce travail. Les acteurs potentiels du Front de gauche ne sont pas seulement les militants ou les soutiens de tel ou tel de nos partis politiques, ce sont aussi des citoyens, des acteurs engagés du monde social, des électeurs ou des abstentionnistes de toute sensibilité à gauche qui ont un besoin urgent d’ouvrir des perspectives à leur vie et à leurs combats. Lutte contre les inégalités, transformation du travail, sécurisation de l’emploi, relance de la protection sociale, services publics, démocratie sociale, droits nouveaux des salariés, défense des missions publiques et sociales des métiers, écologie et nouveau mode de développement, avenir de la planète, droits et libertés, Europe… rien que les pistes évoquées lors de la soirée du 3 juillet fournissent déjà quantité de sujets et de matière à de possibles ateliers de travail sur le projet, à de possibles luttes communes. Bien entendu, ce travail va de pair avec l’interpellation continue qui doit être la nôtre à l’égard de toutes les forces de gauche et écologistes qui se déclarent intéressées à ouvrir, face à la droite UMP, une nouvelle perspective de transformation sociale. Il ne suffit pas aux uns ou aux autres de faire des déclarations chacun dans leur coin, en continuant en fait de tenter de structurer l’avenir autour de leur propre conception. Le rassemblement souhaité par notre peuple suppose indissociablement unité et cohérence du projet. Il est donc indispensable d’agir pour résorber le décalage patent entre l’éclatement du paysage politique et les attentes populaires d’un projet rassemblé. Et de le faire en imposant comme fondation de toute construction la nécessaire réponse à ces attentes populaires. Le Parti communiste, comme les autres partenaires du Front de gauche, multiplie à cet effet les rencontres bilatérales. Nous souhaitons pour notre part, comme nous l’avons indiqué, une rencontre rapide des partenaires du Front pour tirer ensemble un premier bilan de ces rencontres et du 3 juillet. Notre objectif doit être clairement de faire bouger les lignes, par les luttes et le débat politique, en poussant par exemple à sortir de leurs rails de certitudes les forces qui veulent continuer leur chemin comme si de rien n’était : écologistes qui pensent pouvoir échapper à la confrontation avec les logiques capitalistes, socialistes qui continuent de penser contre toute évidence que le monde de la gauche tournera éternellement autour d’eux et de leurs choix, militants d’extrême gauche qui persistent à vouloir tenir à l’écart l’objectif d’aller gouverner quand c’est précisément le renoncement à l’ambition de réconcilier pouvoir et transformation sociale qui décrédibilise la gauche aux yeux du peuple… À tous, nous disons qu’il y a plus et mieux à faire dans l’intérêt de notre peuple. Nous ne voulons pas de murs considérés comme intangibles entre nous, mais pas non plus de rassemblements factices ou artificiellement tactiques. Nous voulons construire du solide pour notre peuple, pas à pas, déterminés dans la durée, en élaborant de manière transparente nos projets communs. Nous abordons la perspective des élections régionales dans cet esprit. Mais le paysage est déjà dessiné, nous dit-on, et les lignes tracées. Il ne nous resterait qu’à choisir entre les deux places qui nous sont réservées, celle du renoncement à la majorité ou celle de l’alignement. Avec le Front de gauche, nous avons d’autres ambitions de projets et de conquêtes. L’heure n’est pas à en rabattre. Les urgences de la crise nous poussent à tout le contraire. Le travail autour de ces ambitions est, nous en avons la conviction, la voie la plus féconde d’un élargissement réussi et durable du Front de gauche. C’est ce travail qu’il faut amplifier sans attendre.

Humanité
6 juillet 2009

Publié dans France - Europe

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