De Copenhague à Cochabamba

Publié le par PCF Paris 14

Dans la capitale danoise, en Décembre 2009, les « grands » de ce monde auront montré le spectacle de leur petitesse, et en avril 2010, à Cochabamba, en avril 2010, seconde agglomération de Bolivie, les « petits » auront montré leur grandeur créative.

 

1Qu’on la veuille urgente ou non, la question de la protection de notre environnement se pose avec de plus en plus d’acuité et la planète Terre sait nous rappeler ici et là que nous ne sommes que ses humbles locataires.

 

Un sujet qui brûle les affichages de « bonnes » intentions

A ce niveau, la conférence de Copenhague aura eu au moins le mérite de mettre en évidence les contradictions multiples qui empêchent d’avancer vers une gouvernance mondiale en matière d’environnement.

Au niveau franco-français, la dernière reculade du Grenelle 2 en dit long sur le ravin existant entre la « poésie des mots » et l’application concrète de mesures durables pour créer une nouvelle donne entre la nécessité du développement et le respect de la nature, dans un cadre où la justice sociale doit retrouver ses lettres de noblesse.

 

Cochabamba ou le sommet de l’espoir venu d’ « en bas »

La Bolivie est un pays qui commence à sortir d’une extrême pauvreté, avec cette urgence de respecter à la fois l’impatience de ceux qui en ont que trop souffert, la nécessité de ne pas tomber dans l’escarcelle d’un mode de développement boulimique et égoïste qui montre ses limites et ses ravages, et enfin la volonté se réapproprier les principes d’une culture ancestrale étouffée par l’impérialisme, essentiellement occidental en regard de l’histoire.

 

Mère Terre, ou le retour aux sources

Evo Morales, président de la Bolivie plurinationale, a convoqué une conférence mondiale des peuples sur le changement climatique et des droits de la Mère Terre (Pachamama) en réponse au fiasco de Copenhague.

Cette initiative, boycottée par les médias, eut un succès qui dépassa les prévisions les plus optimistes. 35 000 personnes venues des deux tiers de la planète (et ce malgré les caprices du Volcan Eyjafjöll) ont assisté à des débats alimentés par 17 ateliers thématiques, dans une ambiance de sérieux, d’enthousiasme et de respect que Copenhague n’a pas eu, c’est le moins qu’on puisse dire. Qu’un pays aussi pauvre que la Bolivie (1000 dollars de PNB par habitant contre 47000 au Danemark) ait réussi une telle initiative n’est pas un non-événement. C’est même une prouesse.

 

Le dépassement concret de l’impérialisme « à l’occidental »

Lors d’une soirée consacrée à ce sommet à la mairie du 14ème arrondissement le 6 mai dernier, après la projection d’une belle animation sur la guerre de l’eau qui avait marqué dans les années 2000 la résistance du peuple bolivien contre les multinationales, l’ambassadrice de Bolivie, Luzmila Carpio, dont le talent d’artiste musicienne est fort apprécié dans son pays, a exposé les grandes lignes de ce sommet de l’espoir.

Elle a expliqué les principes de sa culture amérindienne paysanne et populaire, longtemps étouffée, dont l’expression, qui ne participe pas du folklore, n’a pas toujours été spontanément comprise par certains participants du sommet habitués au « politiquement correct » des apparences.

 

2.jpgCette difficulté prouve que la compréhension de la diversité est un combat, même dans la forme d’expression d’une conférence mondiale.

 

Une autre philosophie de vie

La déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 est certes une avancée sur les principes incontestable. Celle qui fut réfléchie à Cochabamba a apporté une nouveauté, celle du rapport à promouvoir entre l’homme et son environnement, sous l’angle d’une approche philosophique inspirée des traditions populaires amérindiennes.

Dire que la Terre est un être vivant, c’est déroutant si on se réfère à l’analyse purement scientifique de la matière. Mais si c’est replacer l’homme non pas au centre de tout, mais dans le cadre d’une harmonie maîtrisée, dans un rythme qui ne soit plus égocentrique mais respectueux de l’autonomie des modes de vie, de l’adaptation au rythme naturel des évolutions, c’est nouveau et traditionnel en même temps.

 

S’attaquer aux sources du mal…3.jpg

Le capitalisme, sous sa forme financière actuelle, n’a pas épargné. Il a même été considéré comme la première cause des maux dont souffre l’humanité : « « Sous le capitalisme, la Mère Terre ne constitue qu’une source de matières premières et en ce qui concerne les être humains en moyens de production et en consommateurs, en personnes qui importent pour ce qu’elles ont et non pour ce qu’elles sont. »

 

et proposer du neuf

La biodiversité s’applique aussi, dans son principe au droit des hommes à vivre avec leurs différences : « Nous invitons les peuples du monde à la récupération, la revalorisation et au renforcement des connaissances, des pratiques et savoir-faire ancestraux des peuples autochtones, confirmés dans l’expérience et la proposition du « Vivre bien »… »

 

Faire payer les pollueurs

Sans oublier les nombreuses mesures phares proposées pour pénaliser le capitalisme pollueur, une des innovations remarquées du Sommet de Cochabamba a été la proposition de création d’un « tribunal international sur la justice climatique et environnementale » qui aurait le pouvoir de juger et de sanctionner les États et les groupes d’intérêts qui polluent et provoquent le changement climatique. »

 

Cancun ou la croisée des chemins ?

De Cochabamba à Cancun, au Mexique, où est prévu le prochain sommet sur le réchauffement climatique, il ne reste que quelques mois. Le mouvement social ne manquera pas de s’inviter à ce grand sommet pour exiger l’émergence d’une nouvelle gouvernance mondiale, respectueuse des droits humains et son corollaire incontournable, la nature, notre « bonne mère nourricière », quelle que soit l’image que puisse lui attribuer chaque peuple, chaque civilisation.

 

4.jpgSans lui, on risque un retour décevant à la case départ. Avec lui, les espoirs de changement exprimés à Cochabamba trouveront leurs relais, dans le débat et le respect de la diversité des cultures, comme il se doit. L’espoir d’un nouveau monde se construit dans le mouvement. C’est long mais ça vaut le coup.

Merci Pachamama.

 

Y.H

Publié dans International

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