Débat PCF 14 : Régularisation, citoyenneté, droit de vote. Tous concernés !

Publié le par PCF Paris 14

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Le local du PCF 14ème était plein. Des travailleurs sans papiers venus expliquer leur combat, prenant à tour de rôle la parole. Des citoyens venant comprendre, chercher d’autres informations que ce que leur impose le formatage médiatique. Des élus, le maire du 14ème arrondissement, des militants des différents partis de la gauche, de différents partis communistes (Sénégal, Argentine) , venant tous écouter, intervenir pour montrer que le combat est politique, qu’il concerne tous les travailleurs, toute la population. Tout ce monde autour de quelques invités : Bernard Rondeau, photographe et militant du PCF co-auteur ‘Des hommes libres, une histoire de la grève des travailleurs sans papiers’, Marilyne Poulain, coordinatrice de l’association Autre monde, Serge Guichard, membre du collectif ‘Migration et citoyenneté’ du PCF et Wilfried Idiatha, Secrétaire du Conseil des Citoyens Parisiens Extra Communautaires du 14e arrondissement. Sur la tribune aussi, M.Doukouré, délégué des travailleurs sans papiers d’Adec, en grève depuis le 12 octobre. Des invités donc au plus près des luttes, qui suivent quotidiennement le combat des travailleurs sans papiers. Ces derniers sont à ce jour 6000 en grève, à occuper leur lieu de travail. Mais ce soir, la lutte était aussi dans le local du 14ème.

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Tous ont dénoncé la circulaire de régularisation au cas par cas des travailleurs sans papiers, circulaire aux critères très restrictifs et ayant pour but de diviser les travailleurs sans papiers dans ce combat collectif exemplaire. Division selon les nationalités, selon les métiers, etc. Alors que le mouvement s’étend sur la France (Nice, Cannes, etc.) qu’il s’amplifie en nombre et s’élargit en nationalités, (Maliens, Sénégalais, Chinois, Algériens, Tunisiens, etc.), la circulaire exclue des milliers de travailleurs sans papiers. Tous ont dénoncé l’hypocrisie du gouvernement à vouloir sanctionner – « fermeture administrative » - les entreprises qui emploient des travailleurs sans papiers. « Va t-on fermer le Ministère de Darcos qui emploie des travailleurs sans papiers dans ses cuisines ? » Ou alors tous les grands groupes comme Bouygues ou Veolia ?

Contrairement à la première vague de grève des travailleurs sans papiers, très médiatisée, cette deuxième vague passe sous silence. Ou alors apparaît dans de faux débats comme celui de l’identité nationale. Tout est propice à confusion. On fonctionne encore sur les peurs des gens : « on fout la trouille aux sans papiers, on se sert d’eux pour que la population ait aussi la trouille.  Il faut que les peuples aient peur ». Et on fonctionne aussi sur des préjugés. Or toutes les études montrent que le nombre de clandestins est stable, « ce sont les même chiffres depuis au moins 15 ans ».

Certains habitants du 14ème s’inquiètent à l’image de ce que l’on peut entendre dans les médias : « si on régularise les travailleurs sans papiers, il y en aura d’autres qui viendront. » Ou encore, phrase connue et répétée : « on ne va pas accueillir toute la misère du monde », « Est ce que la France peut se permettre d’accueillir tout le monde avec cette hausse du chômage » demande un jeune lycéen ?

La réponse est multiple : d’abord si on régularise, on ne va pas se retrouver avec tout d’un coup une masse d’immigrés. Les régularisations faites en Espagne et en Italie ont été bénéfiques, génératrices de richesses, ce n’est qu’aujourd’hui qu’on les critique. De plus, on n’évoque jamais les causes de l’immigration, les motivations qui poussent à partir : processus long, douloureux, « les gens partent par nécessité, ils préfèreraient avoir un boulot là où ils habitent ». Ils partent mais ils ne viennent pas tous en France, les plus grandes vagues migratoires se font à l’intérieur d’un pays, ou dans des pays limitrophes. C’est le cas des réfugiés climatiques. On ne parle pas non plus de ceux qui s’enrichissent dans les « pays du sud » (ex d’Areva au Niger), de l’inégalité des échanges, de la libre circulation des capitaux (…) « On allume le feu dans le Sud (et dans d’autres pays) et on s’étonne que les gens viennent ici ». Enfin, quand on régularise, on régularise des travailleurs qui sont déjà là, qui travaillent, payent leurs impôts, la sécurité sociale, etc. et qui en retour n’ont droit à rien. « Si tu n’as pas de papiers, tu n’a pas droit à la sécurité sociale, tu n’as pas droit à un logement, aux crèches… » L’expression d’esclavage moderne n’a jamais été aussi vraie. « La question des travailleurs sans papiers est une invention du système capitaliste pour créer une couche de la population malléable, avec des conditions de travail difficiles. C’est une lutte contre les exploiteurs, donc une lutte de tous les travailleurs. Le mouvement pour travailler, c’est un mouvement dynamique comme le mouvement de l’air. »

La question des travailleurs sans papiers relève de plusieurs dimensions : une dimension humanitaire, une dimension syndicale des travailleurs avec l’unité du monde du travail et une dimension politique et de citoyenneté. « La dimension politique doit-être plus travaillée, d’abord pour saisir ce que ce mouvement a d’importance pour tous les gens qui prétendent lutter contre le capitalisme. C’est un mouvement qui est au cœur de la lutte des classes, d’une autre construction de la société. Au cœur de ce débat, aujourd’hui, se situe la question suivante : c’est quoi être citoyen ?» Comment construire ensemble l’avenir ? Tout projet politique qui ne met pas ces questions au centre, à l’intérieur de la lutte des classes, passe à côté (…) (Serge Guichard). Car en effet, il faut reconnaitre la citoyenneté par la lutte. Le parti communiste français se bat pour la régularisation de tous les sans papiers, pour le droit de vote et d’éligibilité des résidents étrangers à toutes les élections. « Cette lutte marque le rapport au travail, il faut l’inscrire dans une régularisation d’ensemble de tous les sans papiers. Le travailleur est un individu de la société, quelle plus belle citoyenneté ? Quelle plus belle citoyenneté que d’aider sa famille à vivre ? » « Heureusement que des gens décident de s’en sortir »

La discussion est loin d’être ici entièrement retranscrite dans ces quelques lignes tant le débat a été riche : « difficulté de construire un discours positif sur l’immigration » (dans la résistance comme dans la construction et la création de richesses nationales), « immigrés qui servent de variables d’ajustements par rapport à la crise », question des passeurs, du dumping social, des femmes sans papiers mobilisées, de la citoyenneté « du local au national », du droit de vote non pas comme l’aboutissement mais comme moyen d’intégration…

Le combat des travailleurs sans papiers est un combat qui peut être entendu.

Le PCF 14ème continue de se mobiliser pour cette lutte exemplaire. Vous pouvez soutenir les travailleurs sans papiers : rdv tous les vendredis à notre permanence à partir de 17h30, dans notre local.


RG-H

Publié dans Travailleurs en lutte

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