Des citoyens extra… extraordinairement ignorés, parlent ce soir, lundi 26 octobre, dans le 14ème

Publié le par PCF Paris 14

 « Les étrangers des pays de l’Union européenne résidant en France ont désormais le droit de vote aux élections municipales et européennes. Personnellement, seriez-vous très favorable, assez favorable, assez opposé ou très peu opposé à l’extension du droit de vote pour les élections municipales et européennes aux résidents étrangers non-membres de l’Union européenne vivant en France ? » Selon les sondages (Lettre de la Citoyenneté), les avis en France, en une dizaine d’années, auraient bien évolué : 57% des sondés se sont déclarés assez ou très favorables en 2003 contre 32% en 1994.

Et pourtant ! « La France qui a inventé les droits de l’homme est bien en retard en la matière » explique Paul Oriol, militant et écrivain invité à débattre sur le thème : Citoyenneté de résidence et droit de vote des résidents étrangers. En Europe, le droit de vote des résidents étrangers aux élections locales existe dans nombreux pays comme la Suède (1975), le Danemark (1981), la Norvège (1982), les Pays-Bas (1985), la Finlande (1992), la Lituanie, la Slovénie (2002), le Luxembourg (2003)…

Qu’attendons nous alors ?

C’est la grande question que se sont posés, le lundi 26 octobre 2009, les membres du nouveau Conseil des citoyens parisiens extra communautaires, le CCPEC, du 14ème arrondissement. Ces membres encore timides, laissant parler à leur place des élus aux airs parfois paternalistes, ont décidé de s’engager pour donner leur avis sur la politique locale et pour lancer différentes initiatives. Le but étant de « faire connaître, de changer les choses, d’agir sur des questions concrètes ». (Paul Roussier, Maire Adjoint du 14ème, élu communiste, à l’initiative de ce Conseil). Et faire connaître passe surtout par le dialogue : aller vers l’autre, écouter, échanger. Car, comme le note l’un des membres du Conseil (Nacer), dialoguer c’est reconnaître, regarder l’autre comme son égal.

Mais parfois, on comprend la résignation, l’écœurement quand on vous dit que « le droit de vote doit être l’aboutissement d’une intégration réussie » alors que l’argument inverse avait été avancé pour le droit de vote des résidents communautaires aux élections locales et européennes.

Pourquoi cette différenciation ? Parce qu’en France, on fonctionne suivant une échelle « colorimétrique » (Paul Oriol) ; l’opinion publique varie avec les nationalités. Quand on argue que les étrangers n’ont qu’à demander la naturalisation française, il suffit de se pencher sur les chiffres pour comprendre la limite de cette proposition: « si trois candidats sur quatre obtiennent satisfaction, les avis défavorables varient énormément en fonction de l’origine : le taux va de 9,84% pour les Portugais à 48, 34% pour les Sénégalais ! » (P.Oriol, Résidents étrangers, Citoyens : plaidoyer pour une citoyenneté européenne de résidence, p.34)

Et pourtant, P.Oriol s’indigne à juste titre : « 50% du CAC 40 appartient à des capitaux étrangers mais ça, ça ne porte pas atteinte à la souveraineté nationale ! Quand même ! » Il souligne par ailleurs, que dans les actes symboliques, des actes fondamentaux (comme la résistance qui comptait 17 nationalités dans ses rangs) : on n’a pas demandé aux gens leur nationalité et pourtant ils ont versé leur sang pour la France

Si les choses ne sont pas encore très claires parmi les présents dans la salle : « la citoyenneté, l’éligibilité pour quelle élection, à quelle condition (…) » ?  Que certains pensent qu’il vaut mieux y aller graduellement, le CCPEC aura au moins eu le mérite en ce lundi de fin octobre, d’avoir lancé le débat. Le droit de vote des résidents extra-communautaires n’est qu’une étape vers l’égalité des droits, une condition nécessaire mais pas suffisante. Suffit de penser au droit de vote des femmes ou à la loi sur la parité et de comparer avec la réalité  pour comprendre que l’égalité est un combat quotidien, qu’elle s’acquiert par la lutte.

Le chemin semble difficile, mais peut-être que ce soir, certains d’entre nous garderont en tête l’idée que chaque être humain est une richesse en soi, à l’image des mots de Guy, élu Secrétaire du CCPEC « Je m’appelle Guy Wilfried Idiatha. J’ai 31 ans et je viens du Gabon, petit pays d’Afrique central, au cœur de la forêt équatoriale peuplé d’un millions et demi d’habitants » Tandis que d’autres se rappelleront les quelques mots de ce grand poète palestinien, Mahmoud Darwich (2006) « Un autre jour viendra …» mort, lui, avant d’avoir vu ce jour.


RG-H

Publié dans Droits des migrants

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